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    Pédagogie

    Tablettes et TBI en maternelle : usages et limites

    13 mai 20269 min de lecturePar Corentin, créateur de Tifox
    Tablettes et TBI en maternelle : usages et limites

    Je ne suis pas enseignant. Je développe Tifox, une app de suivi des apprentissages pour la maternelle. Et depuis que je parle à des enseignantes de PS, MS et GS, je vois revenir la même tension : on leur pose des écrans interactifs dans la classe, on leur demande d'en faire "un usage raisonné", et personne ne dit vraiment ce que ça veut dire.

    Le rapport remis au président en avril 2024 a remis une pièce dans la machine. La commission présidée par Servane Mouton et Amine Benyamina a rendu un texte assez cash sur les écrans avant 6 ans. Depuis, le débat en maternelle se pose différemment. Voici ce que j'ai compris, côté matériel, côté usages, et côté limites.

    Ce qui équipe vraiment les classes

    En maternelle française, trois objets se croisent sur le terrain, et on les confond souvent.

    Le TBI (tableau blanc interactif) : un tableau physique avec des capteurs, relié à un ordinateur et un vidéoprojecteur. Le plus ancien des trois, le plus répandu historiquement. Le VPI (vidéoprojecteur interactif) : juste un vidéoprojecteur avec un module interactif, qui transforme n'importe quel tableau blanc en surface tactile. Moins cher, plus simple à installer. L'ENI (écran numérique interactif) : une grande dalle tactile type tablette géante, sans vidéoprojecteur, avec son propre ordinateur intégré. C'est ce qui remplace progressivement les TBI dans les nouveaux équipements.

    Dans les faits, beaucoup d'écoles parlent de "TBI" pour désigner les trois. Peu importe le nom exact : ce qui compte, c'est la fonction. Projeter, manipuler en collectif, garder une trace.

    À côté, il y a les tablettes. Soit une flotte achetée par la mairie, posée dans un placard et partagée entre classes. Soit une tablette personnelle de l'enseignante qui sert surtout à elle, pour prendre des photos de productions et suivre les élèves. Ces deux usages n'ont rien à voir.

    Et il y a l'ENT (espace numérique de travail) du premier degré. À la rentrée 2025, plus de 27 000 écoles en bénéficient selon le ministère, mais le déploiement reste très inégal. Un ENT maternelle n'est pas obligatoire. Beaucoup de classes n'en ont pas, et celles qui en ont l'utilisent souvent côté communication parents, pas côté enfants.

    Ce que dit la commission Écrans

    Le rapport d'avril 2024 s'appelle "Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu". Vingt-neuf recommandations, présidé par une neurologue et un psychiatre addictologue. Les positions sont tranchées.

    Pas d'écran avant 3 ans. Entre 3 et 6 ans, usage très limité, occasionnel, avec un contenu de qualité éducative et un adulte à côté. La commission va plus loin : elle demande le retrait des écrans de télévision et d'ordinateur des classes de maternelle, en tant qu'outil destiné aux enfants. Vous pouvez lire l'annonce officielle de la remise du rapport sur le site de l'Élysée.

    Ce n'est pas une loi. Ce sont des recommandations. Elles n'ont rien changé aux équipements déjà posés dans les écoles, et les communes continuent de financer des ENI. Mais intellectuellement, le débat a bougé. Une enseignante qui fait travailler ses GS 20 minutes sur tablette toutes les semaines a maintenant un rapport officiel qui lui dit que ce n'est pas une bonne idée.

    Les travaux de l'Inserm vont dans le même sens, avec plus de nuance. Le temps d'exposition seul n'explique pas tout. Le contexte familial, le type de contenu, la présence d'un adulte qui verbalise ce qui se passe à l'écran comptent énormément. Mais pour un enfant de 3 à 6 ans, l'écran reste une activité pauvre par rapport à la manipulation, au jeu, à l'échange oral. Les études sur la littératie émergente le montrent de façon assez consistante.

    L'enseignant, pas l'enfant

    Voilà ma position, et je l'assume parce que j'ai construit une app autour : le numérique en maternelle a du sens pour l'enseignante, pas pour l'enfant.

    Quand vous prenez une photo d'une production en pâte à modeler pour garder une trace dans le cahier de réussite, c'est vous qui manipulez l'écran. Pas l'élève. Quand vous notez une observation rapide sur une tablette pendant un atelier, pareil. Quand vous préparez une progression, quand vous partagez des photos de classe avec les parents via un ENT sécurisé, toujours pareil. L'enfant n'est pas devant l'écran. Il est en train de construire une tour en Kapla pendant que vous gardez la trace de ce qu'il sait faire.

    Ce glissement de perspective change tout. Les recommandations de la commission Écrans portent sur l'exposition des enfants. Elles ne s'opposent pas à ce qu'un adulte utilise un outil numérique pour travailler. Un dentiste qui utilise un ordinateur pour son dossier patient ne demande pas à son patient de regarder l'écran.

    Tifox, c'est exactement ça. C'est vous qui prenez la photo, vous qui cochez un attendu, vous qui partagez avec les parents. L'enfant, lui, continue de jouer dans son coin dinette. Aucune interface enfant, aucun écran pour l'élève. Je le précise parce qu'on me pose la question régulièrement.

    Le TBI, cas à part

    Reste la question du TBI ou de l'ENI collectif. Projeter une histoire, un dessin, une vidéo courte devant tout le groupe, ce n'est pas la même chose qu'une tablette individuelle. L'écran est loin, il y a une adulte qui parle, les enfants échangent, personne n'est seul devant une interface qui capte son attention.

    Primàbord, le portail du numérique éducatif d'Eduscol, propose d'ailleurs une charte d'utilisation du numérique en maternelle qui va dans ce sens. Usage ponctuel, toujours accompagné, jamais en autonomie prolongée.

    Le TBI peut servir à projeter une comptine, un album, une photo prise la veille, un rituel de date. Dix minutes, un support, une discussion collective. Ça n'est pas l'usage problématique de l'écran. Ça n'est pas non plus l'outil révolutionnaire que vendent certains fournisseurs. C'est un grand support visuel qui remplace un tirage papier quand c'est pratique.

    Ce qui pose problème, c'est l'usage individuel. La tablette posée devant un enfant en atelier autonome pour qu'il fasse un "jeu éducatif" pendant que vous vous occupez d'un autre groupe. Là, vous reproduisez exactement ce que la commission veut éviter. Un enfant seul face à une interface qui capture son attention, coupé du langage et de la manipulation.

    Mon avis de bâtisseur d'outil

    Je suis partial, évidemment. Je développe un outil numérique pour les enseignantes de maternelle. Mais c'est justement parce que j'y ai réfléchi que je défends cette ligne : le numérique qui vous fait gagner du temps sur le suivi, la prise de notes, les échanges avec les parents, c'est utile. Le numérique posé devant un enfant de 4 ans en espérant qu'il apprenne à lire, ça ne marche pas et ça peut faire du mal.

    Si vous êtes équipée en TBI et que vous l'utilisez en collectif, dix minutes par séance, avec un vrai objectif pédagogique, aucun souci. Si votre mairie vous pose une flotte de tablettes "pour les élèves" et que vous hésitez, écoutez votre intuition. Gardez-les pour vous. Prenez des photos, faites un cahier de réussite, partagez avec les parents. Laissez les enfants manipuler des objets réels.

    C'est exactement pour ça que j'ai fait Tifox : vous donner un outil de suivi sans écran pour les enfants. Vous pouvez le tester gratuitement jusqu'à 3 élèves, le temps de voir si ça tient le coup dans votre organisation.

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