Remplir le carnet de suivi en maternelle : guide

Depuis le décret n°2015-1929 du 31 décembre 2015, chaque enfant de maternelle doit disposer d'un carnet de suivi des apprentissages. Le texte fixe l'obligation mais laisse les équipes très libres sur la forme, ce qui fait du remplissage un vrai casse-tête. Que doit-on y mettre, que faut-il éviter, à quelle fréquence le transmettre aux parents ? Voici un guide pratique, aligné sur les textes officiels et les ressources d'eduscol.
Ce que disent les textes
Le carnet de suivi des apprentissages est inscrit dans le Code de l'éducation via le décret n°2015-1929 du 31 décembre 2015 relatif à l'évaluation des acquis scolaires et au livret scolaire. Le texte précise qu'à l'école maternelle, ce carnet « permet de rendre compte des progrès de l'élève » et qu'il est « régulièrement renseigné par le professeur de la classe, selon une fréquence adaptée à l'âge de l'élève ». Il suit l'enfant tout au long du cycle 1 et le suit aussi en cas de changement d'école.
À la fin de la grande section, un second document prend le relais : la synthèse des acquis scolaires, fixée par l'arrêté du 31 décembre 2015. Celle-ci suit un modèle national imposé. Les deux outils sont complémentaires, mais ce guide se concentre sur le premier.
Sur ce point, eduscol rappelle le principe de base : l'évaluation au cycle 1 est positive, elle documente ce que l'enfant sait faire et ses progrès, elle ne dresse pas l'inventaire de ses manques.
Ce que le carnet doit contenir
Aucun format n'est imposé par les textes. Le ministère laisse volontairement la main aux équipes. En revanche, plusieurs éléments reviennent de manière constante dans les ressources eduscol et dans les documents d'accompagnement des circonscriptions.
- Des traces significatives des apprentissages : photos d'un enfant en activité, productions (dessin, écriture, construction), enregistrements audio ou vidéo. Eduscol parle explicitement de « traces significatives » qui permettent de célébrer les réussites et de montrer les progrès.
- Des observations datées : un court commentaire qui remet la trace en contexte. Exemple : « 12 mars. Reconnaît son prénom parmi ceux de ses camarades sans modèle, en écriture capitale. »
- Un lien clair avec le programme en vigueur : chaque trace devrait être rattachée à un des cinq domaines d'apprentissage et, quand c'est pertinent, à un attendu de fin de cycle.
- Une lecture chronologique : le carnet doit montrer une évolution sur la durée. On doit pouvoir voir, en le feuilletant, ce qui a changé entre la petite section et la grande section.
Les cinq domaines du programme à couvrir
Depuis la rentrée 2025, les intitulés officiels des domaines ont évolué (arrêté du 22 octobre 2024, BO n°41 du 31 octobre 2024). Le carnet doit couvrir, au fil du cycle :
- Le développement et la structuration du langage oral et écrit
- Agir, s'exprimer, comprendre à travers l'activité physique
- Agir, s'exprimer, comprendre à travers les activités artistiques
- Acquisition des premiers outils mathématiques
- Explorer le monde
Les anciennes appellations (« Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions », « Construire les premiers outils pour structurer sa pensée ») restent courantes dans les ressources eduscol plus anciennes et dans le modèle officiel de la synthèse des acquis, mais le programme applicable depuis 2025 utilise les nouveaux intitulés. Autant utiliser les bons.
Ce que le carnet ne doit pas être
Les documents d'accompagnement d'eduscol et les ressources publiées par les missions maternelles académiques sont plutôt alignés sur ce qu'il faut éviter.
- Un tableau d'items cochés « acquis / en cours / non acquis » : ce n'est pas interdit, mais ce format à lui seul ne répond pas à l'esprit de l'évaluation positive. Il documente un état ponctuel, pas une trajectoire.
- Des fiches d'évaluation standardisées : exercices chronométrés, tests formels. Le programme est explicite : l'évaluation en maternelle se fait par observation en situation ordinaire, pas par épreuves.
- Des grilles de gommettes sur vignettes pré-remplies : c'est rapide, c'est visuel, mais ça ne dit rien du cheminement de l'enfant. Une gommette verte sur « je sais compter jusqu'à 5 » ne raconte pas comment il y est arrivé.
- Des notes ou un classement : il n'y a pas de notes en maternelle, quelle que soit leur forme (chiffrée, lettrée, smileys étalonnés).
- Des commentaires sur les manques : le carnet met en valeur les réussites. Ce qui n'est pas encore là se travaille, ça n'a rien à faire dans un document destiné à l'enfant et à ses parents.
Attention à ne pas confondre le carnet de suivi (tout le cycle 1) avec la synthèse des acquis (uniquement fin de GS). La synthèse suit un modèle national précis, avec deux rubriques officielles : « Ce que sait faire l'élève » et « Ce qu'il est en voie d'acquérir ». Ces libellés ne s'appliquent pas au carnet de suivi, qui est libre.
Les bonnes pratiques pour un suivi soutenable
Remplir le carnet ne doit pas transformer les week-ends en séances de saisie. Quelques habitudes aident à garder le truc vivant sans y laisser sa santé.
- 1Observer au fil de l'eau : le téléphone ou la tablette en poche, prendre la photo au moment où la réussite a lieu. Attendre le soir pour tout reconstituer de mémoire, c'est la galère assurée.
- 2Choisir la qualité plutôt que la quantité : mieux vaut quelques traces parlantes, datées et commentées, qu'une pile de gommettes. Le nombre exact dépend de la classe et du rythme de l'année, rien n'est fixé par les textes.
- 3Varier les domaines sur l'année : les cinq domaines n'ont pas à apparaître à chaque période, mais un bon carnet les couvre tous sur l'ensemble du cycle.
- 4Associer l'enfant au choix de la trace : « Tu veux qu'on mette cette photo dans ton cahier ? » Eduscol insiste sur ce point, l'élève est associé à son évaluation et prend ainsi conscience de ce qu'il apprend.
- 5S'appuyer sur l'ATSEM : en accueil, aux toilettes, en atelier autonome, elle voit des choses que l'enseignant rate. Ses remarques n'ont pas à être formalisées, elles peuvent juste déclencher une observation ciblée.
Des exemples d'observations concrètes
Une observation utile est datée, factuelle, et située dans le programme. Quelques formulations qui fonctionnent bien :
- Langage oral, GS : « 14 octobre. En regroupement, explique à la classe comment il a fabriqué sa cabane en cubes, en utilisant d'abord, puis, ensuite. »
- Mathématiques, MS : « 7 février. Constitue une collection de six jetons en comptant un à un, sans se tromper. Photo du résultat. »
- Activité physique, PS : « 3 décembre. Saute à pieds joints par-dessus une corde posée au sol, sans aide. Vidéo courte jointe. »
- Graphisme, GS : « 22 mars. Première ligne de e en cursive respectant la ligne de base, sans modèle sous les yeux. Production scannée. »
Dans chaque cas, la trace (photo, vidéo, scan) valide l'observation et rend le commentaire vérifiable pour les parents.
La transmission aux parents
Le décret n°2015-1929 demande une communication « régulière », adaptée à l'âge de l'enfant, sans fixer de fréquence minimum en nombre. En pratique, la plupart des équipes calent les transmissions sur les fins de période, ou à chaque bulletin scolaire pour les écoles qui en éditent. Le format est libre : rendez-vous individuel, cahier qui fait l'aller-retour à la maison, PDF par email, espace numérique consultable en ligne.
Un point compte plus que la fréquence : le carnet doit être compréhensible par un parent sans dictionnaire de l'Éducation nationale. Écrire « attendu du sous-domaine manipulation de syllabes orales » n'aide personne. Écrire « sait découper un mot en syllabes en tapant dans ses mains » parle à tout le monde.
Un outil pensé pour le carnet de suivi
J'ai conçu Tifox en échangeant avec des enseignantes de maternelle, et le carnet de suivi revenait comme la tâche la plus chronophage. L'app intègre les domaines et attendus du programme 2025, permet d'ajouter photo et commentaire en quelques secondes depuis le téléphone, et génère automatiquement un PDF propre pour l'enfant. Les trois premiers élèves sont gratuits, de quoi tester sans s'engager.
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